L@ Vitrine, lettre d'information pour les commerçants

Après les attentats de Paris, trois associations de commerçants voient le jour

ÎLE-DE-FRANCE

Il est temps de redonner vie aux quartiers parisiens. Cette réflexion, la plupart des commerçants des 10e et 11e arrondissements impactés par les attentats du 13 novembre la partagent. 

En première ligne des attentats du 13 novembre dernier, les commerçants situés dans les trois quartiers Charonne/Faidherbe, Oberkampf/Voltaire et Faubourg du Temple/Fontaine au Roi (10e, 11e) continuent de souffrir de la désertification de la clientèle.

Leurs difficultés, la CCI Paris a pu les identifier lors des 120 visites de terrain qu’elle a menées conjointement avec la mairie du 11e et l’Association Française des Victimes du Terrorisme (AFVT).


L’objectif était de répertorier les dégâts matériels, les répercussions psychologiques, mais aussi économiques et commerciales afin d’accompagner ensuite les gérants d’établissements dans la résolution de ces difficultés.  

Les entretiens ont confirmé des pertes d’exploitation considérables les premiers jours après les attentats en raison de la mise en place de périmètres de sécurité (fermeture obligatoire de tronçons de rues), des chutes de chiffres d’affaires de 50 à 80% en novembre/décembre et des difficultés de trésorerie alarmantes et persistantes car la clientèle ne revient toujours pas.  Comme le remarquent de nombreux commerçants : « Les gens ont peur ! » Et ce sentiment reste profondément ancré dans l’esprit des habitants et des visiteurs des quartiers impactés. 

Pour aider les commerçants de ces quartiers, la CCI Paris a organisé en décembre et janvier derniers, avec la mairie du 11e arrondissement, des réunions en présence des acteurs publics : Services des Impôts, RSI, URSSAF et l’AFVT. 

« Il nous faut nous reconstruire »

Lors de ces réunions, les commerçants ont émis le souhait de redynamiser leur quartier par des animations locales portées par une association de commerçants. Or, dans ces lieux, il n’existait aucun groupement.  La CCI Paris et les mairies des 10e et 11e ont donc décidé d’accompagner les commerçants dans la création de trois associations situées quartier Voltaire- Oberkampf, rue de Charonne (autour du restaurant La Belle Équipe), ainsi que dans les rues Faubourg du Temple et Fontaine au Roi. 

Plusieurs réunions ont été organisées en février en présence de commerçants des trois quartiers concernés. Ces premiers échanges ont déjà abouti à la création de l’association  « Quartier Faubourg du Temple », puis de « Au Cœur de Charonne ».

Une troisième association est en cours de création, dont le périmètre s’étendra du Cirque d’Hiver au Bataclan

« Il nous faut, sans les oublier, dépasser ces événements dramatiques et nous reconstruire ». souligne Gérald Barbier, le vice-président de la CCI Paris en charge du Commerce.

 

Michel Pécou Michel PÉCOU

Responsable de la boutique ONZE- rue Oberkampf

En se serrant les coudes, nous avons les moyens de faire revenir les parisiens et les touristes dans notre quartier

Avant les attentats, Michel PÉCOU, Responsable de la communication de la boutique ONZE dans la rue Oberkampf avait déjà en tête une idée d’association, l’objectif étant de créer une vraie dynamique commerciale entre Le Bataclan et le Cirque d’Hiver. La CCI Paris lui a proposé son appui pour finaliser son projet en le conseillant notamment dans ses démarches : aide à la mobilisation des commerçants, organisation d'une AG de constitution, aide à la rédaction des statuts.... 
 

Quel a été l'impact des attentats sur votre activité et plus globalement sur l'activité commerçante de votre quartier ? 

Certains commerces et riverains ont été aux avant-postes des évènements. L’impact émotionnel a été très fort. La fermeture pendant une semaine du périmètre autour du Bataclan par les forces de l'ordre a fortement perturbé notre quartier. Les différents mémoriaux qui y ont été dressés, les défilés incessants des politiques sur les lieux du drame avec à nouveau des bouclages de rues et des bruits de sirènes ont amplifié le phénomène et contribué à entretenir une certaine tension.

De ce fait, nos commerces ont immédiatement accusé une très forte baisse d'activité. Celle-ci s'est installée dans le temps avec le matraquage médiatique et les déclarations belliqueuses de certains. L’activité durant la période des fêtes a été quasi inexistante. On sentait une forme de non-envie. Certains commerces ont eu une baisse d'activité de plus de 60%, sur cette période clef de l'année. 

Vous avez décidé de monter une association de commerçants à la suite de ces attentats. Quels sont vos objectifs ?

Nous avions amorcé modestement ce projet, avant les attentats, en lançant une fête en hommage à Christophe-Philippe Oberkampf, grand entrepreneur et fondateur de la manufacture de toiles imprimées de Jouy.  Mais les évènements du 13 novembre nous ont retardés  dans la mise en place de l’association.

Notre objectif est double maintenant. Bien entendu nous unir pour mettre en commun nos forces commerciales et attirer une clientèle de passage plus nombreuse qui ne dépasse pas la frontière du haut Marais - le boulevard des Filles-du-Calcaire. Le second presque plus important, est la mise en avant de nos métiers d'artisans, de cette vraie recherche d'authenticité et de différence par rapport à la masse croissante et inquiétante de l'uniformisation, l'instauration constante des faux rabais, proposées par les grandes enseignes qui se sont déversées dans le Marais. 

Nos clients ne viennent pas par hasard (pour reprendre un vieux slogan) mais bien parce que nous offrons précisément autre chose, une vision plus ouverte et créative. Mais notre faiblesse, c'est l'isolement. Et malheureusement ces événements tragiques ne sont pas de nature à nous aider. Le quartier reste sinistré et ce sera sans doute encore long avant qu'il retrouve toute son énergie. En se serrant les coudes, tous ensemble, nous avons, j'y crois très fort, les moyens de faire passer le message aux parisiens, aux touristes d'y revenir y découvrir de vraies propositions et de réussir là où les grandes enseignes finiront par s'essouffler.

Comment la CCI vous accompagne-t-elle dans vos démarches ?

La CCI Paris, c'est avant tout un immense réseau de compétences à échelle humaine et un relais merveilleux face à la froideur bureaucratique des administrations. On le voit bien avec l'accompagnement des commerçants sinistrés. Mais en allant plus loin, on le voit surtout dans la possibilité d'échange et de partage de l'information, éléments clés pour comprendre les mutations de nos métiers et nous aider ainsi à définir nos projets. Et puis bien entendu, il y a une vraie volonté de nous accompagner pour constituer au mieux notre association.

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