Motivea : le pari fou d'une salle de sport mobile pour les mamans
Parole d'Assitan Keita, fondatrice de Motivea
À 32 ans, Assitan a donné corps à une idée que presque personne ne croyait réalisable : une salle de sport installée dans une Tiny House, qui se déplace de quartier en quartier pour aller à la rencontre des mamans. Sans permis, sans apport, mais avec une conviction chevillée au corps, elle a fait de Motivea la première salle de sport mobile dédiée aux mamans, avec un espace de garde pour leurs enfants. Aujourd'hui, plus de 250 mères pratiquent une activité sportive grâce à Motivea. Retour sur un parcours fait de doutes, de patience et de résilience.
Une idée née d'une histoire de famille
Le projet trouve sa source dans un souvenir intime. Celui d'une mère qui s'est effacée pour les siens.
« Ma mère s'est complètement oubliée, au détriment de son bien-être et de sa santé, pour donner le meilleur à ses enfants. Je ne trouvais pas normal qu'on considère une femme uniquement dans son rôle de mère, et plus jamais en tant que femme », confie Assitan.
De cette observation naît une conviction : beaucoup de mères portent la même charge mentale et manquent d'un espace pour souffler. Un diagnostic mené dans le 18e arrondissement de Paris confirme l'intuition. Le besoin de prendre du temps pour soi, de se retrouver, est réel et partagé.
Du rêve d'une salle de sport au Fit’Truck
L'envie d'entreprendre est ancienne. Assitan y pense dès ses 18 ans. Son idée première, une salle de sport classique, se heurte vite au mur du financement.
« C'était beaucoup d'argent, beaucoup d'investissements. Je me suis dit que c'était impossible. Puis, petit à petit, j'ai essayé de lever mes freins et mes peurs pour chercher des solutions », raconte-t-elle.
La solution prend une forme inattendue : une tiny house aménagée en salle de sport mobile, avec une garderie intégrée pour accueillir les enfants le week-end, quand les modes de garde habituels n'existent pas. L'offre se veut holistique. Yoga, pilates, boxe, circuit training, mais aussi massages et sophrologie, pour un public de mères et de femmes souvent éloigné du sport. Motivea intervient dans le 18e, à la Goutte d'Or et Porte de la Chapelle, dans le 19e, et jusqu'à Bagnolet, en partenariat avec des collectivités, des associations et des centres sociaux.
Trois ans d'attente et une leçon de patience
Le plus dur n'a pas été de concevoir le projet, mais de le financer. Lauréate d'un budget participatif de la Ville de Paris en 2021, Assitan pensait toucher les fonds rapidement. Il lui faudra trois ans.
« Personne ne croit en ton projet tant qu'il n'est pas sur le terrain, tant que tu ne l'as pas testé dans la réalité. Ces trois ans ont été très durs, j'ai douté, j'ai voulu arrêter plusieurs fois », se souvient-elle.
Créer un concept aussi inédit qu'une salle de sport dans un camion supposait de convaincre, encore et encore. Avec le recul, elle voit dans cette attente forcée une étape utile.
« Ces trois années m'ont permis de mieux me construire intérieurement. Aujourd'hui, j'ai plus de recul face aux difficultés du quotidien », reconnaît-elle.
Tout gérer seule, la difficulté de l'ombre
Quand le Fit’Truck arrive enfin, un nouveau défi surgit. Assitan, qui s'était presque résignée à abandonner, doit tout organiser d'un coup : trouver où stocker le matériel, où garer le véhicule, comment l'implanter durablement dans le quartier. Le tout en solitaire.
« Quand on fait tout, on ne fait rien, ou en tout cas on ne fait pas bien les choses. J'ai traversé une période de doutes qui ne m'a pas permis d'anticiper. Mais on ne peut pas tout anticiper », admet-elle.
De cette épreuve, elle tire un enseignement qu'elle répète volontiers : un entrepreneur doit aussi prendre soin de lui.
« Il faut du repos, du sport, des balades, du temps pour laisser l'espace mental à d'autres idées. Nos réflexes ne sont pas les mêmes quand on prend le temps de souffler », explique-t-elle.
Une communauté de 250 mères et des partenaires fidèles
Aujourd'hui, Motivea a trouvé son public et son modèle. Plus de 250 mères sont accompagnées, et des bailleurs sociaux comme Paris Habitat, ICF La Sablière, Bâtigère ou I3F font appel à la structure pour leurs locataires, aux côtés de la mairie du 18e.
« Ces interventions pour les bailleurs et les collectivités, au service de leurs habitants, ça commence à bien fonctionner. Et nous restons ouverts à d'autres bailleurs et d'autres territoires, et d'autres coachs », se réjouit-elle.
Le Fit’Truck n'est plus la seule porte d'entrée. Avec ou sans matériel, Motivea intervient désormais là où on l'attend.
Son conseil : tester vite, échouer utile
À celles et ceux qui hésitent à se lancer, Assitan livre un message clair : ne pas attendre la version parfaite.
« Le but, c'est d'échouer le plus rapidement possible pour en tirer des enseignements le plus tôt possible. L'expertise du terrain ne s'achète pas. Si j'avais écouté la plupart des gens, je n'aurais jamais créé ce Fit’Truck : pas de permis, pas d'argent... et pourtant je l'ai fait », sourit-elle.
Elle insiste aussi sur l'entourage, et sur la nécessité de se protéger des peurs des autres.
« Il faut rester connecté à des personnes qui entreprennent, et s'entourer de gens qui ne projettent pas leurs propres peurs sur vous. Sinon, on avance avec une peur qui n'est même pas la nôtre », prévient-elle.
Reste, enfin, ce fil rouge qui a donné naissance à Motivea et qui guide sa fondatrice au quotidien.
« Prendre soin de soi pour mieux se connecter à soi, et mieux avancer sur ses projets. Le résultat arrive quand on fait les choses. C'est ça, le vrai résultat », conclut-elle.
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