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PAROLE D’EXPERT

Management intergénérationnel : pourquoi la transmission des compétences est un enjeu clé pour les entreprises

Parole de Géraldine BENOIT, Conseillère RH, CCI Versailles-Yvelines.

Départs à la retraite, tensions de recrutement, évolution rapide des métiers... Les entreprises doivent apprendre à mieux faire travailler ensemble les générations. Pour les petites et moyennes entreprises, le management intergénérationnel devient un levier stratégique pour préserver les savoir-faire et sécuriser leur développement.

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Cet enjeu prend d’autant plus d’importance que les salariés de 50 ans et plus occupent une place importante dans l’emploi. Au premier trimestre 2026, le taux d’emploi des 50-64 ans atteint 69,4 %, tandis qu’il s’élève à 45,1 % chez les 60-64 ans. Ces chiffres montrent que les salariés expérimentés représentent aujourd’hui un véritable vivier de compétences à valoriser et à transmettre. Source : Insee, Enquête Emploi, 1er trimestre 2026.

Un enjeu : préserver les compétences clés

Le risque est encore trop souvent sous-estimé. Dans de nombreuses entreprises, une partie des compétences essentielles repose sur certains collaborateurs expérimentés. Lorsqu’ils quittent l’entreprise, ce sont des savoir-faire, une connaissance fine des process et une mémoire commerciale qui disparaissent.

Dans les plus petites structures où les équipes sont réduites et les postes polyvalents, cet enjeu est encore plus critique. Une transmission de connaissances insuffisante peut désorganiser l’activité ou ralentir la montée en compétence des nouvelles recrues.

Concrètement, cela peut concerner un commercial qui connaît depuis plusieurs années les habitudes et les attentes de ses principaux clients, un collaborateur qui maîtrise des savoir-faire techniques acquis au fil de l’expérience, ou encore une personne qui est la seule à connaître certaines procédures, certains outils ou les spécificités de certains fournisseurs. Ces compétences, souvent acquises avec l’expérience, sont rarement entièrement formalisées et peuvent être difficiles à remplacer du jour au lendemain.

Faire de la cohabitation des générations un levier de performance

Aujourd’hui, plusieurs générations se côtoient dans l’entreprise, avec des attentes et des pratiques différentes. Ce qui est parfois perçu comme une source de tensions peut, au contraire, devenir un moteur de performance.

Les salariés expérimentés apportent une expertise approfondie, une vision globale et une maîtrise des situations complexes. Les salariés plus jeunes contribuent par leur connaissance fine des outils numériques, leur agilité et leur capacité à explorer de nouvelles méthodes de travail.

Cette complémentarité peut aussi fonctionner dans les deux sens : les salariés expérimentés transmettent leur expertise métier, tandis que les plus jeunes peuvent apporter de nouvelles pratiques et accompagner l’évolution des outils ou des méthodes de travail.

Lorsqu’elle est organisée, cette complémentarité permet à l’entreprise de gagner à la fois en efficacité et en capacité d’innovation. Le rôle du dirigeant est alors de créer les conditions pour que ces échanges se structurent.

Valoriser les salariés les plus expérimentés

Longtemps associés à une logique de fin de carrière, les seniors apparaissent aujourd’hui comme des acteurs clés pour la stabilité et la pérennité des entreprises. Ils deviennent des points d’appui pour l’entreprise, des salariés capables de transmettre des méthodes, de sécuriser des processus et d’accompagner les nouveaux collaborateurs.

Cette évolution suppose néanmoins un changement de regard. Valoriser les seniors, c’est reconnaître pleinement leur contribution à la transmission des compétences et intégrer cette mission dans leur rôle au quotidien.

Pour beaucoup de TPE et PME, c’est aussi un levier d’engagement : se voir confier un rôle de transmission renforce le sentiment d’utilité et l’implication des collaborateurs expérimentés.

Organiser et anticiper la transmission

Mettre en place une démarche de transmission ne nécessite pas forcément des dispositifs lourds ou complexes. Dans les petites entreprises, des solutions simples et efficaces existent.

L’enjeu est surtout de ne pas attendre le départ d’un salarié pour commencer à transmettre ses compétences. Une entreprise peut, par exemple, identifier les savoir-faire qui seraient difficiles à remplacer en cas d’absence prolongée d’un collaborateur et organiser leur transmission en amont.

Le tutorat, par exemple, permet d’ancrer la transmission dans le quotidien du travail. En associant un salarié expérimenté à un collaborateur plus récent, l’entreprise favorise un apprentissage progressif et concret, proche des besoins terrain.

Une question simple peut aider le dirigeant à identifier les compétences à sécuriser : « Si cette personne était absente pendant trois mois, qu’est-ce que nous ne saurions plus faire correctement ? »

D’autres pratiques peuvent être mises en place : formaliser certaines méthodes, encourager les retours d’expérience ou encore organiser des temps d’échanges entre équipes.

L’enjeu n’est pas de tout structurer immédiatement, mais d’inscrire la transmission dans la durée, comme une dimension à part entière du management.

Le management intergénérationnel est souvent abordé sous l’angle des ressources humaines. Pourtant, ses impacts vont au-delà : il réduit le temps d’adaptation des nouvelles recrues, limite les risques opérationnels, améliore la cohésion des équipes...

Pour les dirigeants de TPE et PME, il s’agit donc d’un véritable levier de pilotage de l’entreprise. Anticiper la transmission, c’est aussi sécuriser la continuité de l’activité et préserver les compétences dont l’entreprise aura besoin demain.