Qui est juridiquement responsable d’une erreur commise par l’intelligence artificielle ?
ChatGPT, Copilot, Gemini… Les outils d’intelligence artificielle générative occupent désormais une place importante dans le fonctionnement des entreprises. Ils sont utilisés pour rédiger des contrats, produire des contenus, répondre aux clients, analyser des données ou encore assister à la prise de décision. Face à cette utilisation croissante, une question se pose : lorsqu’une erreur générée par une intelligence artificielle cause un préjudice, qui en assume la responsabilité ? L’entrée en application progressive du règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) constitue une actualité majeure en la matière et invite les entreprises à renforcer leur vigilance.
Contrairement à une idée reçue, une intelligence artificielle ne possède pas de personnalité juridique. Elle ne peut donc pas être tenue responsable d’un dommage. Lorsqu’une erreur est commise – par exemple une information juridique erronée, un devis inexact, une clause contractuelle inadaptée ou une décision automatisée préjudiciable – la responsabilité sera recherchée auprès des personnes physiques ou morales intervenant dans le développement, la mise sur le marché, l’intégration ou l’utilisation du système d’intelligence artificielle, selon les circonstances de l’espèce et le fondement juridique applicable (responsabilité contractuelle, responsabilité extracontractuelle ou, dans certains cas, responsabilité du fait des produits).
L’actualité juridique est marquée par l’entrée en application progressive du règlement (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024 sur l’intelligence artificielle (AI Act). Entré en vigueur le 1er août 2024, ce texte constitue le premier cadre européen spécifiquement consacré à l’encadrement des systèmes d’intelligence artificielle. Son application est progressive : depuis le 2 février 2025, les dispositions relatives aux pratiques d’IA interdites ainsi que certaines obligations de sensibilisation des personnes utilisant ces systèmes sont applicables. D’autres obligations entreront progressivement en vigueur jusqu’en 2027, notamment celles concernant les systèmes d’IA à haut risque.
Toutefois, il convient de souligner que l’AI Act ne crée pas un régime autonome de responsabilité civile. Son objectif est principalement de prévenir les risques liés au développement et à l’utilisation des systèmes d’intelligence artificielle en imposant des obligations de conformité, de transparence, de documentation, de gestion des risques et, pour certains systèmes, de supervision humaine. Les règles permettant d’engager la responsabilité d’un acteur demeurent donc celles prévues par le droit commun, complétées, le cas échéant, par les règles applicables à la responsabilité du fait des produits.
Pour les entreprises, cette évolution réglementaire ne dispense donc pas d’une obligation de vigilance. Les contenus, analyses ou recommandations générés par une intelligence artificielle devraient faire l’objet d’une validation humaine, en particulier lorsqu’ils sont destinés à produire des effets juridiques, financiers ou commerciaux. Une entreprise qui diffuse une information erronée ou prend une décision préjudiciable en se fondant exclusivement sur une réponse produite par une IA pourrait voir sa responsabilité engagée si les conditions prévues par le droit sont réunies.